Crème solaire : C’est pas bio, ben t’as zéro !

Surfez couverts

Les vacances, pour certains, se terminent ; ils ramènent du sable dans leurs valises et un tube de crème solaire presque vide…heureux, ils n’ont pas pris de coup de soleil (ils ont évidemment respecté les consignes sanitaires qui conseillent de se protéger et de rajouter une couche de crème toutes les 2h). Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’en se protégeant ils ont abîmé l’océan (ou la mer, au choix).

Oui, j’ai été bouleversée tout autant que vous, moi qui me suis échinée à ramasser les déchets qui traînaient (même ceux qui ne m’appartenaient pas) pour éviter qu’ils n’aillent souiller nos océans, moi qui ai rabattu les oreilles des jeunes que j’encadrais sur les méfaits de la pollution, qu’il ne fallait rien jeter et protéger nos littoraux… Malgré toutes ces précautions, j’ai aggravé l’état de cette surface bleue qui m’est chère.

Aujourd’hui, les ventes de produits solaires dépassent le demi-milliard de dollars et on estime que 10 000 T de filtres UV sont produits chaque année.

Mais quelles peuvent être, exactement, les conséquences de nos crèmes sur nos océans ?

Je me suis penchée sur deux études scientifiques qui pointent deux problèmes bien différents. D’une part, l’action des crèmes sur les coraux puis sur le phytoplancton.

L’étude date de 2011, menée par le professeur Roberto Danovaro, de l’Ecole Polytechnique de Marche à Ancône ; il y traite de l’impact des crèmes solaires sur les coraux.

Les récifs coralliens font partie des écosystèmes les plus diversifiés et productifs de la planète. Ils nourrissent, de façon indirecte, plus d’un demi-milliard de personnes. Aujourd’hui, environ 60% des récifs sont menacés par des impacts naturels et anthropiques. La menace la plus connue est le blanchiment des coraux.

Coraux dursLe professeur Danovaro et son équipe, entre 2003 et 2007, sur différents sites à travers le monde (océans Atlantique, Pacifique et Indien), ont voulu évaluer l’impact potentiel des ingrédients des crèmes solaires sur le corail dur et sur leurs symbiotes, les zooxanthelles. Les différentes expériences menées ont consisté en l’addition de différentes concentrations de crèmes solaires sur différentes espèces. Résultat : sur tous les réplicas et tous les sites, l’addition de crème, même en très petite quantité, engendre la libération d’une grosse quantité de mucus (composé de zooxanthelles et de tissu corallien) en 18 à 48h et un blanchissement complet dans les 96h. Blanchiment corauxDifférentes marques, indices de protection et concentrations de produits ont été comparés, tous entraînent un blanchiment ; le taux de blanchiment accélère en fonction des quantités utilisées, il augmente également lorsque la température augmente. Des analyses complémentaires montrent une perte des pigments photosynthétiques et une perte de l’intégrité des membranes des zooxanthelles relâchées par les coraux. Ces résultats prouvent que la crème solaire a un effet rapide sur les coraux durs et cause leur blanchiment en détruisant les zooxanthelles.

Les produits solaires contiennent une vingtaine d’ingrédients. L’équipe de chercheurs les a testés un à un. Les résultats suggèrent que seuls les filtres UV(les cinnamates, les benzophenones et les dérivés du camphre) et un conservateur (le paraben) sont responsables du blanchiment et également de la libération de particules virales via les zooxanthelles.

Autre méfait des crèmes solaires, elles sont lipophiles (solubles dans un corps gras) et participent à la bioaccumulation au sein des espèces aquatiques, elles ont également une activité oestrogénique et sont responsables de la stérilité de certaines espèces, de malformations génitales…

D’après l’organisation mondiale du tourisme (UNWTO), 10% des produits solaires seraient utilisés dans les zones tropicales présentant des récifs coralliens. En moyenne, 25% des ingrédients présents dans les crèmes solaires appliquées sur la peau sont relâchés dans l’eau après une immersion de 20 minutes. On estime que 4 000T de produits solaires sont absorbées par les coraux chaque année.

En 2014, David Sanchez-Quiles et Antonio Tovar-Sanchez, de l’université des Baléares, ont mis en évidence le lien entre produits solaires et peroxyde d’hydrogène (autrement dit eau oxygénée : H2O2). Une fois leur revêtement de silice/aluminium lavé par l’eau de mer, les filtres UV inorganiques,  présents dans les crèmes solaires, (TiO2 (dioxyde de titanium) et ZnO (Oxyde de Zinc)) produisent d’importantes quantités d’H2O2 lorsqu’ils réagissent aux radiations solaires.

Le peroxyde d’hydrogène est un puissant oxydant qui génère un haut niveau de stress sur le phytoplancton marin. Le stress induit sur le phytoplancton entraîne sa mort. Cet organisme est la base de la chaîne alimentaire (c’est également le maillon le plus important puisque toutes les espèces le consomment) ; quand un lien de la chaîne alimentaire est mis en péril, c’est alors tout l’écosystème qui est amené à souffrir.

well-maintained-beachPour mener leur étude, les deux chercheurs se sont focalisés sur la plage de Palmira Beach à Majorque. En été, la plage accueille 10 000 baigneurs par jour qui relâchent en moyenne 4 Kg de TiO2 dans l’eau. Cela fait tripler la concentration d’ H2O2 (270 nM contre 100 nM habituellement).

Les chercheurs estiment ici que chaque adulte n’utilise que la moitié des dosages recommandés ! Cette étude pointe la Méditerranée car les baigneurs restent immergés plus longtemps qu’ailleurs.

A l’heure actuelle, 200 millions de touristes viennent bronzer sur les plages Méditerranéennes chaque année, ce qui entraîne un dépôt de 80 T de TiO2 par an sur les côtes (les archives de tourisme en Méditerranée pointent les nanoparticules de  TiO2 comme l’agent oxydant principal dans les eaux côtières). D’ici 2030, l’UNWTO, prévoit que les côtes Méditerranéennes accueillent 264 millions de touristes par an ; soit 3 millions de plus chaque année entre aujourd’hui et 2030.

Ainsi, l’activité touristique sur nos côtes peut avoir, à bien des égards, des effets bénéfiques mais également des conséquences écologiques néfastes importantes.

Certaines destinations touristiques populaires telles que l’éco-parc marin de Mexico et d’autres lieux présentant des systèmes semi-fermés (récifs coralliens) ont banni l’utilisation de crème solaire. Seules certaines marques certifiées éco-compatibles voire bio sont acceptées.

Un petit bémol à cet exposé alarmiste : d’autres biologistes pointent du doigt le fait que le réchauffement des eaux et l’acidification des océans menacent davantage les récifs que ne le font les vacanciers.

Il n’en reste pas moins que c’est un élément à ne pas prendre à la légère. Il s’agit ici d’empêcher les lobbies pharmaceutiques de continuer leur course au profit en fabricant toujours plus de produits plus polluants les uns que les autres et de soutenir les petites entreprises qui se lancent dans la fabrication de produits éco-compatibles, naturels et bio.

Le tourisme ne fait qu’augmenter, les activités nautiques se multiplient et la population côtière se densifie (pour rappel : 60% (3,6 milliards d’habitants) de la population mondiale vit à moins de 60 km du littoral).

La question maritime doit être mise sur le devant de la scène. Il est essentiel que lors du sommet sur le climat qui se tiendra en Novembre à Paris, les dirigeants mondiaux traitent de la mer et en fassent un point à part entière et non un sous-chapitre.

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