L’océan se meurt !

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Cette campagne de publicité de 2011 dénonçait la pollution aux algues vertes en Bretagne. Le nitrate et le phosphore provenant de l’agriculture intensive et des eaux usées mal traitées se répandaient dans l’océan. Grâce au soleil, les algues se développaient et venaient s’échouer sur les plages.

Ici, ce n’est pas aux conséquences des algues sur les plages que je vais m’intéresser mais aux conséquences en mer. Ces blooms algaux conduisent à l’hypoxie de zones maritimes : c’est ce qu’on appelle les Zones mortes !

 

Une zone morte ou OMZ (oxygen-minimum zone) est caractérisée par un déficit de l’eau en dioxygène dissous (O2), provoquant la mort par asphyxie de la faune marine peu mobile, microorganismes, coquillages, crustacés et la migration de nombreux poissons. Une eau présentant un déficit sévère en dioxygène est dite hypoxique.

Certaines zones mortes sont d’origine naturelle, notamment en Mer Noire où la carence en oxygène perdure depuis des millions d’années, ou encore dans les grandes profondeurs marines.

Mais aujourd’hui, les zones mortes s’accroissent en nombre et en superficie, d’environ 5% par an. Pourquoi ? Quelles sont les origines de ce phénomène ? Peut-on lutter ?

Développement et causes des zones mortes

Les premières zones mortes sont apparues dans le Chesapeake Bay aux Etats-Unis, dans la Mer Baltique, le Kattegat, la Mer Noire et au nord de la mer Adriatique. Ces zones ont progressé de manière exponentielle depuis les années 1960.
zone-morte-golfe-du-mexiqueDans le Golfe du Mexique, une zone morte d’une superficie record est en train de se développer (depuis juillet 2013). Selon les universités de Louisiane, du Michigan et la NOAA (Agence Océanique et Atmosphérique Américaine), elle pourrait dépasser le précédent record de 2002 et s’étendre sur plus de 22.000 km². Ce ne sont pas les conséquences lointaines de la marée noire qui sont à l’origine de cette catastrophe, mais le résultat des rejets agricoles lessivés par des pluies abondantes. En effet, les inondations du printemps 2013 dans le Midwest américain ont été très importantes et ont entraîné avec elles les eaux de ruissellement d’origine agricole riches en engrais.

La cause principale du développement des zones mortes est l’apport massif, en mer, de fertilisants (azote et phosphore essentiellement). Le lessivage (transport des éléments du sol par les eaux de ruissellement) entraîne les engrais (qui ont une persistance de 8 ans dans les sols) mais également les hydrocarbures et autres produits azotés dans les cours d’eau. Le lessivage est d’autant plus important que le sol est nu – la déforestation facilite le lessivage.
Ces produits provoquent des proliférations géantes d’algues (bloom algal). Le problème vient du fait que ces algues conduisent à la création de « dead zone » en asphyxiant la vie marine. Les bactéries marines vont utiliser tout l’oxygène disponible pour dégrader ces algues, ce qui fait que les autres formes de vie n’en ont plus. Et l’oxygène de l’atmosphère n’arrive plus dans les eaux profondes car il est bloqué par les algues.
Est-ce un phénomène définitif ?

Zones mortes temporaires

Des évènements d’épuisement du dioxygène dissous ont eu lieu avant l’utilisation excessive d’engrais chimiques. Les causes étaient alors des évènements météorologiques exceptionnels entraînant des crues de grande ampleur, de grands déboisements ou encore des pics d’érosion après incendies.
Le problème des zones mortes est donc réversible, mais le retour à la normale peut être long.

Certaines zones mortes sont épisodiques, elles ne durent que quelques jours. Elles se trouvent généralement aux embouchures des estuaires des grands fleuves, que ce soit dans les océans ou les Grands Lacs. Le plus souvent, elles se développent quelques mois dans l’année avec un maximum au milieu de l’été en période de forte activité biologique et de stratification thermique des eaux. C’est le cas pour les marées vertes en Bretagne.
Quelles sont les répercussions de ce phénomène sur les écosystèmes et les activités ?

Conséquences économiques

Les conséquences écologiques et économiques des zones mortes sont importantes sur la pêche, la conchyliculture et le tourisme. A ce jour plus de 450 sites ont été recensés couvrant une surface de plus de 245 000 kilomètres carrés. Ces zones deviennent rapidement une menace importante qui a des retombées sur les stocks de poissons et donc sur les communautés qui dépendent de la pêche pour leur survie alimentaire et économique.
Les coûts économiques engendrés par le phénomène des zones dépourvues d’oxygène sont inconnus, mais on peut estimer qu’ils sont considérables à l’échelle mondiale.

Conséquences sur les écosystèmes

La tolérance à des eaux peu oxygénées, dont la concentration en dioxygène est inférieure à 5 mg/L, est très variable selon le type d’organisme. Les mollusques semblent ainsi mieux résister que les crustacés. La faune marine des profondeurs est menacée de disparition dans ces zones mortes. Seuls les poissons qui le peuvent quittent la zone appauvrie en oxygène dissous. Mais les crustacés, les moules et les vers marins se retrouvent dans des conditions intenables pour survivre.
Il apparaît également que certaines espèces ressentent une carence en oxygène dès que le concentration en dioxygène passe sous les 8 mg/L alors qu’une zone morte correspond à des valeurs inférieures à 2 mg/L. Ainsi, des chercheurs ont lancé un appel afin que le taux considéré comme incompatible avec la vie marine soit relevé de 2 mg/L à 4.6 mg/L.

A l’avenir…

Selon une équipe de scientifiques, le niveau d’oxygène dissous dans les eaux du nord du golfe du Mexique pourrait baisser de 30 à 60% avec une augmentation de 20% du déversement des eaux de l’estuaire du Mississippi et une hausse des températures allant jusqu’à 4 degrés centigrade.

Selon certains experts, l’augmentation des précipitations et la hausse des températures qui s’ensuivent, pourraient aggraver la situation. L’oxygène, en effet, se dissout moins bien dans une eau réchauffée que dans une eau froide, une élévation de température accélère donc la survenue d’une hypoxie.
Alors que faire ?

Mesures à prendre

Dans certaines régions du monde, des mesures ont été adoptées afin de limiter le ruissellement de fertilisants et d’effluents provenant des sols. Ainsi, un accord Européen, au titre duquel des pays se sont engagés à réduire de moitié les niveaux d’azote déversé, a permis une baisse de 37% des apports d’azote dans la Mer du Nord. L’enrayement de ce problème passera par une modification de certaines pratiques agricoles et par une meilleure gestion des rivières et des eaux côtières.

A titre d’exemple, les forêts et les prairies ont la propriété d’absorber l’azote en trop et de ralentir son trajet de la terre jusqu’aux rivières et aux mers. Planter plus de forêts et encourager la pousse de prairies dans certaines régions du monde pourraient être bénéfique. Affiner les techniques agricoles afin qu’une quantité inférieure de fertilisants soit gaspillée devrait être une autre option à prendre en considération. Un traitement plus efficace des eaux usées, ayant recours aussi bien à des procédés de pointe qu’à des procédés naturels tels que les aires marécageuses, réduirait le déversement de nutriments dans les eaux de mers.

Nous nous devons de sortir de ce modèle agro-alimentaire intensif et de réorienter notre agriculture sur un modèle respectueux des personnes et de leur environnement.
Le premier pas d’une solution à ce problème, qui est intrinsèquement lié à de nombreux autres problèmes de pollution, est de revoir notre façon de produire !

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