Les marchands de sable

Lorsque j’ai commencé cette note je connaissais les problèmes d’érosion engendrés par l’exploitation du sable et l’urbanisation des littoraux mais je n’avais pas réellement conscience de l’étendue de ce problème. J’ai regardé, afin de mieux m’informer, le reportage de Denis Delestrac diffusé sur Arte : « Le sable : enquête sur une disparition »…je n’en reviens toujours pas !

Le sable est aujourd’hui une ressource en voie de disparition. Pour quelle raison les pays se ruent t-ils sur cette matière ? Le sable est partout dans nos vies. D’où vient il ? A quoi sert il ?

Le sable : qu’est ce que c’est ? A quoi sert il ?

Pour le géologue Michael Welland, la définition du sable ne repose que sur la taille des grains. Le sable provient de l’érosion de roches, il est transporté par les rivières avant d’arriver en mer. L’eau donne aux grains une forme particulière qui permet une très bonne agrégation des grains entre eux ; ce n’est pas le cas du sable du désert, dont les grains sont ronds, et qui est donc inutilisable pour la construction.

Pourquoi dit-on que le sable est omniprésent dans nos vies ?
Il utilisé dans la construction, mélangé au ciment pour faire du béton armé. 2/3 de ce qui est construit aujourd’hui est en béton armé qui est lui même composé de 2/3 de sable. Nos moyens de transports sont également fait de sable : les plastiques, les roues, le fuselage des avions et les routes sur lesquelles nous roulons. Comble de l’ironie, le sable est utilisé en quantités considérables…sur les plages ; le rechargement comme moyen de lutter contre l’érosion est devenu pratique courante.
Le sable est aussi utilisé comme matière première pour la confection du verre. On le retrouve dans le vin, les aliments déshydratés, le dentifrice, la lessive, les puces de nos téléphones et ordinateurs.
Pour avoir un ordre d’idée : il faut 200 T de sable pour une maison, 3000 T pour un hôpital, 30 000 T pour un kilomètre d’autoroute et 12 millions de tonnes pour une centrale nucléaire.

État du marché du sable

Aujourd’hui, 75 millions de tonnes de sable marin sont extraits des rivages chaque année et 15 milliards de tonnes sont utilisés ; ça dépasse l’imagination, aucune autre ressource n’est utilisée en aussi grandes quantités si ce n’est l’eau. Le marché du sable représente un volume d’échanges internationaux de plus de 70 milliards de dollars par an.

Pour les marchands de sable les affaires vont bien ; en effet, le sable est une matière première bon marché…elle est gratuite !

Point sur l’état des plages dans le monde

Les plages sont en train de disparaître ! Selon Gary Griggs, professeur à l’université de Santa Cruz, en Californie, 75 à 90 % des plages du monde reculent. D’après certains géologues, si l’on continue à ce rythme, d’ici 2100, les plages ne seront plus qu’un vague souvenir.

Mais comment l’extraction de sable au large peut-elle entraîner une érosion ?
L’érosion est un phénomène naturel mais l’Homme en démultiplie les effets. La plage, plus précisément l’avant plage, s’enfonce jusqu’à 10-12 m de profondeur ; le sable présent à cet endroit fait un mouvent de va et vient constant. Ce mécanisme permet aux plages de s’adapter aux saisons ; l’été, la plage s’épaissit, elle prend une forme plutôt concave, les dunes sont alimentées. L’hiver la plage va s’aplanir afin de mieux absorber l’énergie des vagues et les dunes forment une barrière de protection. Ainsi, pour bien gérer les assauts des océans, les plages doivent avoir assez d’espace derrière elles. L’urbanisation bloque l’évolution naturelle de nos littoraux et empêche la plage de s’adapter. L’extraction, quant à elle, créé des trous dans le fond marin ; le sable présent sur les avant-plages, au lieu d’alimenter les plages va combler les trous. A force de creuser, tout le sable présent sur les littoraux se retrouve dans le fond de l’océan.

La mafia du sable (Singapour, Bombay, Tanger)

A défaut de réelles régulations et interdictions pour empêcher le pillage du sable, la « ruée vers le sable » s’est accélérée, pilotée par de grandes multinationales et des mafias locales.

Singapour subit une explosion démographique, pour palier à cela la ville construit de nombreux immeubles et s’étend sur la mer. Il y a encore 2 ans, les pays d’Indonésie acceptaient de fournir la ville en sable, aujourd’hui ils ont bloqué les exportations à cause des problèmes d’érosion dans nombre d’archipels. Un trafic, à l’aide de sociétés fictives, s’est développé pour continuer l’import de cette matière essentielle aux constructions. Il s’alimente dans les pays voisins avec la « bénédiction » de l’État qui n’intervient pas car c’est le principal client.
A Bombay, la mafia du sable est l’organisation criminelle la plus puissante d’Inde. Chantages et violences sont monnaie courante pour tenir la population locale qui est enrôlée de force. Pire encore, la mafia du sable contrôle tout le secteur de la construction, la main d’œuvre présente sur les chantiers leur obéit. Grâce à l’argent retiré de ce trafic, la mafia en vient à contrôler également l’administration et la police qui est soudoyée. Il existe 8000 sites d’extraction illégaux le long des côtes Indiennes.
A Tanger, la mafia utilise de la main d’œuvre pas chère pour prélever jusqu’au dernier grain de sable. Au Maroc, le taux de sable volé représente 40 à 45 % du sable présent sur le marché. Les plages sont défigurées et le comble c’est que ce sable volé sert à construire des hôtels pour les touristes qui viennent justement pour la beauté des plages Marocaines.

Que faire pour lutter contre cette surexploitation ?

Le sable est une ressource qui met des milliers et parfois des centaines de milliers d’années à se renouveler. C’est une ressource qui, à l’échelle géologique, est renouvelable mais à l’échelle humaine ne l’est pas car on la consomme dans des quantités très grandes et à un rythme soutenu. D’après Denis Delestrac, il est possible de broyer le verre, les gravas ou le béton récupéré des destructions d’immeubles pour remplacer le sable. Les coquillages, une fois broyés, peuvent fournir des milliers de tonnes de sable. De nombreux matériaux sont susceptibles d’être utilisés mais les lobbys de la construction et les habitudes imposent leurs façons de faire pour le moment.

L’extraction du sable soulève de nombreux problèmes, écologiques, paysagers, socio-économiques, géopolitiques (la disparition d’îles remet en cause les limites maritimes) et augmente le risque de catastrophes écologiques.

Les pays doivent, très rapidement, s’opposer à la mise en place de trafics de sable et limiter l’exploitation de cette ressource. Sortons du tout béton et développons d’autres moyens de construction. Enfin, la spéculation immobilière doit être mise à mal, des milliers de logements sont inoccupés et nous construisons toujours plus !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s