Tempêtes hivernales sur la côte Aquitaine

Entre décembre 2013 et février 2014, plusieurs tempêtes ont touché la côte atlantique française. Le rapport du BRGM¹ et les photos du Sud-Ouest desquels j’ai tiré les informations pour écrire cette note ne traitent que des deux premières tempêtes, du 23 au 27 décembre 2013 et du 3 au 7 janvier 2014. Cependant, les conditions de tempêtes et les fortes vagues se sont poursuivies, générant de nouvelles érosions et dommages sur le littoral.

 Les photos et les chiffres qui suivent montrent de quelle façon l’urbanisation impacte nos littoraux.

Quelques détails techniques

– La tempête du 23 au 27 décembre 2013 présentait des vents de 100 km/h, des vagues atteignait 6,5 m au Cap-Ferret et de faibles coefficients de marée (44). Les conséquences sur la côte ont été faibles.

– La tempête du 3 au 7 janvier 2014, appelée « Hercules », a généré des vagues entre 6 et 7 m, atteignant 9 m dans la nuit du 6 au 7 janvier et de forts coefficients de marée (108). Des dommages majeurs ont été observés sur le littoral.

– Début février, avec des coefficients de marée de 113 et 114, les dépressions ont à nouveau mis à mal le littoral, les barrières naturelles telles que les dunes avaient alors perdu une grande partie de leur efficacité.

 Le pic de hauteur de vague a atteint 10,4 m (bouée du Cap-Ferret) ce qui reste inférieur aux 11,8 m atteint en janvier 2009 à la suite de la tempête Klaus. Malgré cela, les plages et dunes ont été davantage déstabilisées que lors de cette tempête et de Xynthia en février 2010.

 Conséquences

L’ensemble de la côte sableuse a subi une érosion importante conduisant à un recul du trait de côte estimé de 3 à 10 m avec des valeurs supérieures à 10 m, notamment au niveau des plages de Soulac-sur-Mer (devant l’immeuble « Le Signal » et sur la plage de l’Amélie) et du Cap Ferret (la Pointe).

Soulac-sur-mer : Le recul du front de mer est généralisé avec des valeurs de 5 m en moyenne et de possibles reculs du trait de côte supérieurs à 10 m. L’immeuble « Le Signal », construit dans les années 80, est menacé car la distance entre le sommet de la dune et le pied du bâtiment est d’environ 15 m. Cet immeuble n’est pas en cause dans l’érosion, il bloque seulement l’évolution naturelle de la plage. Par contre, l’épi (construction en béton, perpendiculaire à la plage, qui avance vers le large), à quelques centaines de mètres plus au Nord, est probablement responsable de cette érosion car il bloque le transit sédimentaire ! La commune recharge, régulièrement, en sable le pied de dune afin de protéger l’immeuble contre les assauts de la houle. Cette année ça n’aura pas suffit !

1440116_a1-13807574-1200_1200x600 Photo tirée du Sud-Ouest

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Photo du BRGM, prise le 7 janvier 2014

Plage de l’Amélie : Au Nord de l’épi des reculs du trait de côte d’environ 5 m ont été mesurés. Au Sud de l’épi, les défenses au pied de la villa « Surprise », qui se situe à présent au bord de falaise, ont été détruites. Supérieur à 10 m, le recul du trait de côte serait renforcé, dans ce secteur, par l’impact des ouvrages de protection côtière. Il y a eu conjugaison d’une érosion chronique (déficit sédimentaire), de l’impact négatif des ouvrages et de celui des fortes vagues.

Cette plage est l’exemple type de ce qu’il ne faut pas faire en termes d’aménagement côtier. La commune de Soulac-sur-mer a tout essayé pour retenir le sable, construire une digue, puis un épi, mettre des sacs de sable recouverts de géotextile, puis des rondins de bois plantés verticalement (pieux hydrauliques) : rien de fonctionne !

Le camping, au sud de la digue, visible sur la photo, est en train de disparaître peu à peu. Ils se protègent également (mise en place d’enrochements : amas de gros rochers au pied de la dune) ce qui accentue l’érosion vers le sud.

1440116_a1-13807573-1200_1200x600Photo tirée du Sud-Ouest

250666_4657748835241_539037502_nLa Villa « Surprise », en janvier 2013

galerie_littoral-aquitaine-2014_03Photo prise par le BRGM le 7 janvier 2014, la Villa « Surprise » après la tempête

Dans d’autres communes, comme à Lège-Cap-Ferret,  au Truc Vert, par exemple, les tempêtes n’ont que peu impacté les plages. Ceci peut s’expliquer par son emplacement (au milieu d’un grand linéaire sableux) mais également par l’absence de construction sur les 500 m en arrière du front de mer. Aucun ouvrage ne bloque le transit sédimentaire, aucune habitation n’entrave l’évolution naturelle de la plage.

Le BRGM préconise d’engager, dès 2014, des actions de réhabilitation des dunes abîmées par les tempêtes, afin de leur redonner une bonne capacité de protection de l’arrière-pays. Mais également de restaurer au plus vite les équipements légers d’accueil du public, de manière à sécuriser l’accès au bord de mer.

Ainsi, les plages d’Aquitaine ont été frappées par plusieurs tempêtes accompagnées de fortes houles durant le début d’hiver 2013-2014 ; c’est en Gironde que l’érosion marine a été la plus forte.

En effet, à l’issue de ces dépressions le trait de côte a reculé de plus 10 m sur de nombreux site, les plages se sont fortement abaissées et aplanies et de faibles submersions marines se sont produites. Là où se trouvaient des ouvrages de protection, les dégâts semblaient plus nombreux et impressionnants. Par conséquent, les prochaines grandes marées risquent d’être érosives surtout si aucune période de beau temps n’a eu lieu entre temps pour permettre un rechargement naturel des plages.

Finalement

La dune littorale (y compris la lisière forestière) est un élément fort du patrimoine écologique et un ouvrage de défense contre les risques (érosions éolienne et marine). Lors de ces tempêtes hivernales, le cordon dunaire, là où il était présent, a joué correctement son rôle d’amortissement de l’érosion marine. Lorsque les dunes sont remplacées par le béton (enrochements, habitations, routes…) plus rien n’arrête la mer. C’est pourquoi, les villes comme Soulac, Lacanau ou la pointe du Cap Ferret ont subi de lourdes conséquences en termes d’érosion marine.

Il est essentiel de protéger et de valoriser nos littoraux, refusons le bétonnage et la spéculation immobilière. Partout, la loi littorale doit être appliquée et respectée !

¹ : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) est l’établissement public de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol.

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